De la lecture contextuelle de l’Ancien Testament en général, et du Lévitique en particulier

22 novembre 2006

Je viens de lire sur le blog “Le Pharisien libéré” les notes de lectures prises par le journaliste Stéphane Lavignotte, qui travaille au magazine protestant “Réforme”, lors d’une conférence donnée par Thomas Römer, doyen de la faculté de Théologie de Lausanne (Suisse) et spécialiste de l’Ancien testament.

La lecture sélective par les fondamentalistes du Lévitique, 18,22 en ce qu’il condamne une réalité sociale qui n’existait pas à cette époque dans les mêmes termes qu’aujourd’hui – l’homosexualité – est replacée dans le cadre plus large d’une option herméneutique favorable à une lecture contextuelle des textes, inséparable du monde dans lequel le lecteur vit. J’y ai vu – mais peut-être ai-je exagérément sollicité ces notes – une mise en pratique de l’herméneutique de Paul RICOEUR .

Cette question est largement présente dans le débat public outre-Atlantique, et des séries comme “The West Wing” s’en font l’écho – par exemple dans cet épisode de la deuxième saison intitulé ” The Midterms” – dans lequel le Président démocrate affronte une chroniqueuse de radio fondamentaliste :

” Bartlet: I like how you call homosexuality an abomination.
Jacobs: I don’t say homosexuality is an abomination, Mr. President. The Bible does.
Bartlet: Yes, it does. Leviticus.
Jacobs: 18:22.
Bartlet: Chapter and verse. I wanted to ask you a couple of questions while I had you here. I’m interested in selling my youngest daughter into slavery as sanctioned in Exodus 21:7. She’s a Georgetown sophomore, speaks fluent Italian, always cleared the table when it was her turn. What would be a good price for her? While thinking about that, can I ask another? My chief of staff, Leo McGarry, insists on working on the Sabbath. Exodus 35:2 clearly says he should be put to death. Am I morally obligated to kill him myself or is it okay to call the police? One last thing, while you may be mistaking this for your monthly meeting of the Ignorant Tight-Ass Club, in this building, when the President stands, nobody sits.  “


CICERON, “De finibus bonorum et malorum” – en français

21 novembre 2006

Il semble que la traduction “Les limites du bien et du mal” ne soit pas la meilleure : il s’agit plutôt des “fins”, des finalités de la vie humaine.
Une brève recherche m’a permis de trouver le texte original – en latin – sur la base IntraText Digital Library, et une traduction commentée sur le site spécialisé dans les auteurs antiques remacle.org (du nom de l’un de ses fondateurs et responsables) – avec une première note qui justifie l’option pour une traduction de l’intitulé sous la forme “Des suprêmes biens et des suprêmes maux” ou encore “Des vrais biens et des vrais maux”.


“Lorem ipsum” ou un traité de Cicéron devenu modèle typographique

21 novembre 2006

Il est un texte que l’on retrouve souvent dans les programmes informatiques de mise en page, ou même de traitement d’informations diverses. Il a la particularité d’être écrit en latin, et de comprendre toujours le même énoncé – du moins en ce qui concerne les premières lignes, celles que l’on tente de déchiffrer en mobilisant ses souvenirs de latin… On s’aperçoit alors qu’il ne s’agit en rien d’un latin de cuisine… mais d’un vrai texte. Restait à en trouver l’auteur…

La recherche sur Internet est marquée par la “sérendipité” – je ne sais pas s’il est d’usage de franciser le terme anglais “serendipity” – ou ‘the making of pleasant discoveries by accident”, selon mon dictionnaire préféré paru à l’Oxford University Press… C’est ainsi que j’ai fait cette “plaisante découverte” en recherchant le moyen de publier sur WordPress à partir de l’application Journler – qui me fut donnée par le billet publié sur le blog “Logiciels Mac et billets d’humeur” à l’adresse http://armorix.wordpress.com/2006/10/22/journler-pour-exporter-vers-wordpress-ca-marche/ – et que je remercie par anticipation.

Un des précédents billets de ce même blog était en effet consacrée à ce texte : http://armorix.wordpress.com/2006/10/29/lorem-ipsum-si-ciceron-savait/
Il apparaît donc, selon le site spécialisé “Lorem Ipsum – All the facts – Lipsum Generator” – http://www.lipsum.com/ – il s’agit d’un passage d’un traité de Cicéron intitulé “de Finibus Bonorum et Malorum”, paru en 45 avant Jésus Christ, que l’on pourrait traduire par “les limites du bien et du mal”.
Le site retrace le parcours de ce texte chez les typographes de la Renaissance, et donne deux traductions anglaises par H. Rackham en 1914. Je pars à la recherche d’une traduction du texte en français…


“Et qui va juger l’action des jurys citoyens? “

29 octobre 2006

Vu dans “Le Monde” daté du samedi 28 octobre, un dessin de Pancho sobrement légendé “Recours” . On y voit Ségolène rencontrant une Marianne, le drapeau à la main et couverte du bonnet phrygien, qui l’interpelle de la sorte : “Et qui va juger l’action des jurys citoyens?”. C’est l’un des meilleurs dessins qui résume bien les insuffisances de cette ébauche de proposition…

A ce sujet, j’ai trouvé un message sur le blog “Il faut savoir changer de certitudes” fort précieux en ce qu’il recherche les origines de la proposition dans le dernier livre de Pierre ROSANVALLON, “La Contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance”, Paris, Le Seuil 2006 .

Enfin, le Big Bang Blog fait référence à la panacée que serait le tirage au sort comme mode de désignation de nos dirigeants politiques, et s’interroge sur la façon dont ces jurys pourraient être mis en oeuvre – à commencer sur le plan constitutionnel…


A la porte -

19 octobre 2006

“A la suite d’un stupide concours de circonstances, un vieil homme, ancien professeur renommé et irascible, se retrouve à la porte de chez lui, par un matin de dimanche ensoleillé. Cette insignifiante mésaventure va se muer, au fil d’une promenade de moins en moins forcée, en un événement décisif. Car ce n’est pas exactement de chez lui qu’il sort. Et peut-être revient-il de bien plus loin, parmi les vivants et parmi les morts. Hanté par ses souvenirs autant que par le dégoût des autres, il lui faut une dernière fois endurer la solitude, éprouver la laideur et la bêtise d’un monde qui le met à la porte et qui court à sa perte aussi sûrement que lui. Il doit faire ses adieux et avouer enfin la vérité de cette situation, se préparer à partir avec le viatique adéquat. Car cette promenade est bien davantage qu’un trajet picaresque entre la gare du Nord et le canal Saint-Martin.”

Vincent DELECROIX, A la porte, Paris, Gallimard 2004.

“Et je vous dirais que philosopher, c’est comprendre. Elle se redressa comme je l’avais prévu, tandis que notre voisin hagard se détournait en haussant les épaules : mais c’est ce que font les sciences, dit-elle. Non, lui dis-je, les sciences expliquent et tâchent de maîtriser, elles ne comprennent rien; elles n’ont pas pour projet de comprendre. Et vous savez pourquoi? Exactement pour la raison que je viens de vous exposer : contrairement à ce qu’elles disent elles-mêmes, ces sciences, les questions ne les intéressent pas, ce sont les réponses qui les intéressent. Or on ne comprend qu’en posant des questions, c’est tout simple. Mais cette façon de questionner n’est pas un préalable qui s’efface devant la réponse, vous comprenez, c’est l’essentiel. Vous voyez, la philosophie veut comprendre, saisir le sens du monde dans lequel nous sommes, pas maîtriser ou expliquer ce monde.” (Pages 71-72).

“Je pus remarquer d’ailleurs qu’il n’y avait effectivement plus de miroir où je croyais en avoir vu un, au-dessus du lavabo, mais bel et bien un VAN DYCK, le portrait rapproché d’un vieil homme, connu comme celui de Cornelis VAN DER GREEST et qui se trouvait initialement à Londres; et en même temps c’était bien moi, c’étaient bien mes traits, un peu raffermis peut-être, l’oeil un peu plus vif et cette barbe que je ne me connaissais pas; mais c’était moi – en Cornelis VAN DER GREEST.” (Page 82)

Lien : Portrait of Cornelis Van der Geest (National Gallery, London)