Le groupe Ebooks Libres & Gratuits vient de publier une traduction du “Château” de Franz Kafka – téléchargeable sous plusieurs formats, et notamment sous la forme d’un fichier .PDF.
La lecture sur écran n’est pas toujours souhaitable. Le site Ebooks Libres & Gratuits est à tout le moins une bibliothèque dans laquelle on peut se promener pour effectuer un premier choix, et débuter la lecture d’ouvrages que l’on poursuit ensuite sous une forme plus classique.
Extrait du début du livre :
” Il était tard lorsque K. arriva. Une neige épaisse couvrait le
village. La colline était cachée par la brume et par la nuit, nul
rayon de lumière n’indiquait le grand Château. K. resta long-
temps sur le pont de bois qui menait de la grand-route au vil-
lage, les yeux levés vers ces hauteurs qui semblaient vides.
Puis il alla chercher un gîte ; les gens de l’auberge n’étaient
pas encore au lit ; on n’avait pas de chambre à louer, mais, sur-
pris et déconcerté par ce client qui venait si tard, l’aubergiste lui
proposa de le faire coucher sur une paillasse dans la salle. K.
accepta. Il y avait encore là quelques paysans attablés autour de
leurs chopes, mais, ne voulant parler à personne, il alla chercher
lui-même la paillasse au grenier et se coucha près du poêle. Il
faisait chaud, les paysans se taisaient, il les regarda encore un
peu entre ses paupières fatiguées puis s’endormit.
Mais il ne tarda pas à être réveillé ; l’aubergiste se tenait
debout à son chevet en compagnie d’un jeune homme à tête
d’acteur qui avait des yeux minces, de gros sourcils, et des ha-
bits de citadin. Les paysans étaient toujours là, quelques-uns
avaient fait tourner leurs chaises pour mieux voir. Le jeune
homme s’excusa très poliment d’avoir réveillé K. et se présenta
comme le fils du portier du Château, puis déclara :
« Ce village appartient au Château ; y habiter ou y passer la
nuit c’est en quelque sorte habiter ou passer la nuit au Château.
Personne n’en a le droit sans la permission du comte. Cette
permission vous ne l’avez pas ou du moins vous ne l’avez pas
montrée. »
Autre variante :
“VARIANTE DU DÉBUT
Le patron salua le client. Une chambre était prête au pre-
mier. « La chambre des princes », dit le patron. C’était une
pièce à deux fenêtres, grande à faire peur tant elle était nue ;
entre les fenêtres une porte vitrée. Les rares meubles qui se
trouvaient là avaient des pieds extrêmement minces ; on les eût
dits en fer, mais ils étaient en bois.
– N’allez pas sur le balcon, s’il vous plaît, dit le patron en
voyant le client qui s’approchait de la porte après avoir regardé
dans la nuit, la poutre maîtresse est fragile.
La femme de chambre entra, et, tout en s’occupant de la
table à toilette, demanda si la chambre était assez chauffée. Le
client fit oui de la tête. Mais, bien qu’il n’eût encore exprimé
nulle critique, il restait encore en manteau avec sa canne et son
chapeau, et faisait les cent pas dans la pièce, comme s’il n’était
pas sûr de vouloir y rester. Le patron se tenait à côté de la sou-
brette. Le client s’avança subitement derrière eux et leur cria :
– Qu’avez-vous donc à chuchoter ?
Le patron sursauta :
– Je donnais, expliqua-t-il, des indications pour le lit. Je
viens de m’apercevoir que la chambre n’a pas été, malheureu-
sement, aussi bien faite que j’aurais désiré. Mais ce sera réparé
tout de suite.
– Ce n’est pas de cela qu’il est question, dit le client ; je ne
me suis pas attendu à autre chose qu’à un lit sale dans un tau-
dis. Ne cherche pas à détourner la conversation. Je ne te de-
– 380 –
mande que de répondre à une question : qui t’a avisé de mon
arrivée ?
– Personne, monsieur, dit l’hôtelier.
– Tu m’attendais !
– Je suis hôtelier, j’attends le client.
– La chambre était prête !
– Comme toujours.
– Soit, tu ne savais donc rien ; mais moi je ne reste pas.
Il ouvrit violemment la fenêtre et cria dans la nuit : « Ne
dételez pas, nous repartons. » Et il se dirigea à grands pas vers
la porte, mais à ce moment la femme de chambre, une gamine
frêle et délicate, beaucoup trop jeune, lui barra le chemin et dit,
la tête penchée :
– Ne t’en va pas ; oui, nous t’attendions ; si nous ne te
l’avons pas dit, c’est que nous ne savons pas répondre, que nous
ne sommes pas sûrs de ce que tu veux.
L’intervention de la petite émut le client, mais ses paroles
lui paraissaient suspectes.
– Laisse-moi seul avec elle, dit-il à l’hôtelier.
Le patron hésita, puis partit.
– Arrive ici, dit le client à la soubrette. Et ils s’assirent de
chaque côté de la table. “
Publié par esperluete 
Publié par esperluete
Publié par esperluete 







